Albanel et moi

Ma très chère Christine,

J’ai a peu près fermé ma gueule tout au long de cette traversée du désert que les internautes t’ont fait subir. J’avais un peu pitié de toi avec ta coupe de cheveux à la Chantal Goya, j’avais du mal à croire toutes les horreurs qui circulaient sur toi.

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Il faut dire que je ne savais pas trop quoi penser de ton projet à la noix et qu’en plus je m’en foutais. Je ne me sentais pas vraiment concerné. C’est vrai que je t’ai un peu titillé quand tu as viré le mec qui bossait chez TF1. Et puis je me suis fais une raison, je crois que ce n’est pas vraiment de ta faute mais qu’il a été plutôt victime d’un excès d’allégeance aux désirs de notre président. Les royalistes sont biens souvent plus royaliste que leur souverain, aucun excès ne leur crève suffisamment les yeux pour voir qu’à trop vouloir plaire ils sont ridicules.

Tu as sacrifié un sous fifre dans cette histoire, mais ce n’est pas vraiment grave tu en as plein d’autres prêts à tout pour te plaire. Sans compter que plus personne ne parle du sacrifié de TF1 aujourd’hui, si vite populaire, si vite oublié, c’est ça le web.

Tu vois, moi, je t’aimais bien. J’éprouve une certaine sympathie pour les connards qui se battent seuls contre l’uniformisme populaire (ouai je sais ça n’existe pas mais on s’en fout, non ? T’es pas Jacques Toubon). Et puis tu es dans l’administration ? Tu sais que ta loi elle va mettre trois ans à être mise en place. Trois ans, en matière de web c’est un peu l’équivalent de trois cents ans d’évolution humaine. Donc, à moins tu aies des supers pouvoirs pour lire l’avenir, ta loi elle servira à rien. Si ça se trouve toi-même, dans trois ans, on t’aura oublié. Tu finiras peut-être première conseillère dans un obscur Conseil Général de province, qui sait ? Pas moi.

Donc tout cette polémique, ce mouvement citoyen du web je m’en care bien profond, mais ca brasse de l’air et ça les internautes ils aiment. Alors, quand ta loi elle est passée chez les Sages du conseil Constitutionnel, ils t’ont bananés. Tu y croyais vraiment toi, à l’inversion de la charge de la preuve ? Sérieux, Christine, je ne sais pas d’où tu sors, l’ENA surement ou un truc du genre mais quand même. On t’as pas appris les bases du droit dans ton école ? Moi j’ai vu ça en première année, autant dire les leçons pour les Mickeys qui ne savent rien sur la matière.

Comme ça a l’air trop compliqué pour toi (de Chantal tu n’as finalement pas que la coupe) je résume, si toi dire que moi coupable toi doit apporter preuve moi coupable. C’est dégueulasse, je sais, c’est dur la politique avec la pression et tout, je comprends. Mais je vais t’expliquer par un exemple se sera plus simple pour toi. Si je dis que tu m’as traité de sale con (ok j’en suis un mais on va dire que je suis gentil pour cette fois) c’est à moi de prouver que tu l’as dit et pas à toi de prouver que tu l’as pas dit. Par les temps qui courent je crois que c’est mieux pour tes fesses, ça évite que pleins d’internautes enragés te balancent des procès pour des trucs que t’as même pas dit.

Enfin, hier soir, quand j’ai appris que tu comptes refaire passer ta loi cet été, je me suis dit que j’avais quand même mon mot à dire. Pas parce que je suis un gros pirate mais juste parce que je suis un auteur. Que mon livre, mes nouvelles, mes photos et même cette lettre que tu ne liras jamais, font parti des œuvres que tu tiens tant à protéger. Alors je te dis merci de tes efforts mais en fait, ton aide, j’en veux pas.

Mes droits d’auteurs et mes revenus je m’en charge. Je n’ai pas envie qu’on coupe sa connexion internet à un mec qui aura téléchargés mes créations, aussi populaires et rentables soient elles. La reconnaissance est mon salaire et si je dois sacrifier la moitié de mes revenus pour elle se sera avec plaisir, il m’en restera toujours assez.

Je ne veux pas qu’on dise que c’est en partie de ma faute si tu as mouchardé le net. Je préfère encore me faire pirater en liberté qu’être protégé en cage.

Christine, s’il te plait, arrête de nous construire un zoo pour y mettre nos œuvres, en captivité, elles ne se reproduisent pas.

Antoine, auteur.

Crédit : Montage photo par Monsieur Lâm (merci à lui)

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