J’ai l’art de passer pour un sempiternel salopard aux yeux de mes concitoyens. Je ne cherche pas à m’en justifier ni même à nier cette réputation. Il se peut que j’ai pu, un jour, endosser ce rôle qui me colle, depuis, à la peau comme Mark Hamill et son double de fiction, Luke Skywalker. Autrement dit, c’est bien fait pour ma gueule, fallait pas pousser mémé à jouer avec les allumettes.
N’importe quel psychologue de comptoir doté de sa dose journalière d’alcool frelaté, vous dira que, si je suis agressif, c’est pour me défendre des affres de cette société dans laquelle je me sens perpétuellement persécuté. Pour ma part, je préfère parler de nature profonde, sûrement mon côté John Profit.
Je ne suis pas un bourrin, mon truc c’est plutôt le travail sape. Je fais dans la petite méchanceté journalière. La brimade facile du quotidien juste par plaisir de la vengeance. Je suis patient, d’attendre ne m’a jamais, ni fait peur, ni énervé. En revanche j’ai remarqué que, souvent, chez les autres, cette qualité leur faisait cruellement défaut. Couplez ce problème avec le degré zéro de l’humour, on obtient le portait type de ma victime préférée.
Se foutre de la gueule de quelqu’un nécessite un juste équilibre entre ce que vous voulez dire, ce que les autres vont comprendre et enfin ce que votre cible va percevoir. Ainsi, la bonne crasse, est celle qui fait passer le con pour ce qu’il est sans qu’il en comprenne le pourquoi sous-jacent. Le risque principal de la démarche étant que le con bas de gamme vous saute à la gorge. Quand on se lance dans la méchanceté, il faut accepter d’endosser, un jour, le rôle du martyre de la vanne, du Jesus Christ du calembour. Votre sacrifice ne sera toutefois pas vain car vous pourrez graver cette épitaphe que l’éternité elle-même vous enviera « armé de ses seuls attributs, devant le con, il resta droit »*.
Mais si vous cumulez les qualités de rancunier et de patient, avec un sale caractère bien trempé, vous saurez alors esquiver les élans de brutalité à votre encontre en ne choisissant que les cons les plus faibles. En la matière, le terrain de jeu idéal, c’est le pro. On y pioche les cons comme certains y dénichent leurs maîtresses. Il faut dire que dans le boulot, en matière de cons et de salopes, ce n’est pas ce qui manque. C’est d’ailleurs souvent que ces deux catégories s’associent pour ne former qu’une seule et même entité tout à fait délectable pour le Dexter Morgan de la connerie que je suis.
Quand j’étais jeune j’avais l’impression qu’être adulte impliquait une certaine forme de stabilité sentimentale. Aujourd’hui je vois avec une étrange répulsion que le milieu de l’entreprise est finalement bien pire qu’une cour d’école. Quand nos adolescentes repoussaient nos avancent libidineuses et croyaient encore au dépucelage romantique, nos collègues femmes sont finalement devenues de libres consommatrices de mâles là où les hommes restent d’infâmes pourceaux au chibre vagabond. Le mélange des genres faisant des étincelles dépassant, de loin, la vision étriquée de ces couples en manque de reconnaissance personnelle, on se retrouve rapidement à graviter dans un sale milieu dont la moindre relation est dictée par les pulsions animales des différents protagonistes. Le terreau du con y est fertile, dans tous les sens du terme.
* Merci à ceux qui auront ri à cette blague minable.
Crédit photo : Jens Vilhelm Rothe aka Twaize

De rien, c’est toujours un plaisir de rire de tes blagues pourries !